Buena Vista Social Club 2.0

Buena Vista Social Club 2.0

Petite musique suave et lancinante. Variations quotidiennes d’un flow sans accrocs autour des médias sociaux.

Pas un seul thème ne semble devoir échapper à ce tic-tac  de métronome : social marketing, social networking, social branding, social consumering, social cooking. Socius, Nexus, Plexus… Changement de paradigme, renversement de valeurs ?

L’offrande semble séduisante : s’affranchir des cloisons, mettre en commun idées et perspectives, relayer informations et points de vues, tisser un cocon à la fois proche et étendu qui puisse faire du web un espace plus intime. Donner du sens à l’organisation, par nature, atomique de l’information numérique.

Du sens ? Pourtant après avoir compulsé quotidiennement son chapelet de « profils », « comptes », « espaces personnels » qui égrènent comme autant de petits cailloux blancs notre présence (existence ?) sur Internet, il reste comme le sentiment diffus d’une partition inachevée, d’une intervention dissonante ( les 140 caractères de Twitter sont pour moi, comme une gamme dodécaphonique jouée par une tronçonneuse). Comme un sentiment de manque, de mesure inachevée.

Deux raisons peuvent expliquer cette satisfaction incomplète .

Tout d’abord, la figure de l’autre, la confrontation à l’altérité, au sein des médias sociaux est elle-même fragmentaire, voire dans les cas les plus extrêmes, castratrice. En effet, en parfait apprenti de mini-démiurge, nous disposons de toute la palette de pouvoirs et d’actions pour réduire les « autres » (amis, relations, followers, etc.) à la juste place que nous souhaitons leur attribuer. Limited profile, listes particulières, assentiment et bannissement possibles d’un effleurement de souris, inclusion dans notre champ intime d’inconnus notables.

Comme dans la vraie vie ? Pas tout à fait, tant la reconnaissance, l’acceptation, la confrontation à l’autre dans son intégrité irréductible sont à la base même de notre édification, de la réalisation de notre puissance d’exister. Il est ainsi troublant de constater à quel point les réseaux sociaux sont aussi peu enclins au débat, à la confrontation d’idées : à l’échange et à l’écoute.

La seconde raison découle, par extension, de la première. En effet, avec les réseaux sociaux, Twitter en figure de proue, on relaie, on étend, on semble « partager » des informations produites ou elles-mêmes retransmises par d’autres. Illusion de fait, tant cette diffraction finalement sans fin ne se heurte à aucune « opacité ». La diffusion de liens, d’informations, les re-tweets et citations s’ébrouent ainsi dans une forme de mouvement spéculaire perpétuel. Or, la base même du partage, de l’échange, c’est de briser, dans le « plan de l’immanence » cette ligne de fuite. De l’altérer, de la diaphragmer, de porter de nouveaux contours, de nouvelles couleurs, de nouvelles variations mélodiques…

Mais, à notre avis, ces carences ne sont pas consubstantielles aux réseaux sociaux, mais plutôt à l’usage qui en est fait. Et s’il est une utilisation à même de redonner du sens, de substituer la production d’informations à sa propagation, de se confronter à l’autre pour expérimenter sa propre liberté de pensée, sa créativité, c’est bien celui de l’apprentissage.

Et là où cette association fait mouche, c’est que l’utilisation des médias sociaux à des fins d’apprentissage ne vise plus seulement la transmission ou l’assimilation d’un savoir compartimenté, mais bien l’émergence d’un nouveau comportement cognitif : apprendre à apprendre.

Ainsi, nous pourrions imaginer des espaces sociaux qui ne soient pas cloisonnés, mais ouverts sur d’autres disciplines, d’autres profils, d’autres expériences. Où le maillage entre les individus ne se ferait plus seulement au gré d’informations préexistantes, mais dans la capacité à produire en réseau de nouveaux savoirs, envisager de nouveaux comportements. Où la somme des motivations et implications individuelles permettrait de créer des synergies auto-apprenantes, de faire de la créativité le vecteur d’un rapport nouveau à cette accumulation de savoirs et d’informations qui nous entourent.

Quelques exemples possibles pour illustrer ces propos :

  • la mise en place d’un « réseau social » dans le cadre d’un projet d’entreprise, ouvert à tous les métiers, qui s’appuierait sur les différents chantiers ou jalons du projet pour partager les activités professionnelles mises en œuvre et les moyens de les optimiser.
  • La création d’un espace visuel, cohérent et  immersif qui évoluerait concrètement en  fonction des contributions des utilisateurs, réunis au sein de chantiers thématiques. Nous pourrions, dans le cadre du lancement d’un nouveau produit, ou d’une nouvelle offre, utiliser la métaphore d’un arbre qui construirait ses ramifications en fonction des bonnes pratiques ou comportements mis en exergue par des trinômes pluridisciplinaires (force de vente-marketing-support client)
  • La notion de « bureau d’apprentissage virtuel » où, à l’instar du bureau de nos OS favoris, chaque utilisateur aurait à sa disposition, l’ensemble des ressources, outils lui permettant d’agir dans son quotidien. Un espace qui agrégerait des champs thématiques semblant, de prime abord, relativement éloignés. Un nouveau manager pourrait ainsi composer son « bureau d’apprentissage » de ressources pédagogiques propres à son métier, mais également se questionner sur la morale, l’éthique, le rapport à l’autre  au sein d’une communauté globale de pensée. Ce manager pourrait également travailler sur les mécanismes de la performance économique en participant à un « business game » multi-joueur, au sein de son entreprise , mettre à disposition de l’ensemble de son réseau les bonnes pratiques qu’il jugerait signifiantes.

Visions utopiques, ou à repousser aux calendes grecques ? A notre avis, c’est au contraire maintenant, dans un monde ubiquiste et ouvert, où le savoir évolue dans ses deux dimensions (sa nature et sa quantité) que la nécessité de se construire en « bâtisseur de connaissances » devient essentielle.

Pour aller plus loin :

http://web.me.com/sebastienstasse/INTBlogue/Blogue/Entr%C3%A9es/2009/9/14_Le_%C2%ABprogr%C3%A8s%C2%BB_technologique.html

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